Religions, cultures et pouvoirs

Idéologies, Pratiques, Représentations

Axes de recherche


Religions, cultures et pouvoirs  

(Idéologies, Pratiques, Représentations)

    Dans le cadre du nouveau programme quadriennal 2007-2010 un groupe d'historiens et d'historiens de l'art médiévistes et modernistes ayant œuvré en commun au sein de l'équipe 4 « Religion, culture, pouvoir » souhaite proposer le renouvellement et une nouvelle mise en œuvre de ses travaux de recherche, dus à l'élargissement du groupe de chercheurs et à la perspective de nouvelles collaborations.

     L'arrivée dans le pôle de médiévistique de spécialistes du Moyen Age tardif, comme Sophie Cassagnes-Brouquet, PR, Claude Denjean, MCF, Jacques Dubois, MCF, Benoît Joudiou, MCF, venant renforcer Michelle Fournié, PR, Bernard Doumerc, PR et Daniel Baloup MCF, Virginie Czerniak, nous incite à proposer un programme novateur fédérant une part essentielle de la composante des médiévistes. Ce programme, intitulé « Religions, cultures et pouvoirs », vient compléter et prendre la suite chronologique de ceux portant sur la féodalité et l'occupation du sol. Il est plus particulièrement centré sur les sociétés urbaines du bas Moyen Âge.

      Cette nouvelle approche historique de la culture urbaine et de son évolution dans le tissu morphologique de la ville permettra de dégager, entre autres, les crises identitaires subies ou provoquées par des groupes au sein de la ville médiévale. Ce point est à mettre en relation avec le travail des archéologues, déplacement, disparition ou reconstruction des lieux de culte et de pouvoir et devrait susciter de nombreuses collaborations.
Elle se propose aussi d'aborder l'arrivée et installation temporaire ou durable de communautés de migrants à vocation économique ou religieuse qui bouleversent les cadres urbains anciens, tant au point de vue matériel que sociétal.
Tous ces thèmes sont associés dès à présent au réseau européen Cliohnet, workgroup Frontiers and identities, validé par l'union européenne avec financement assuré (colloques et déplacements pour les doctorants).

        Il a été prévu que cette ouverture vers une histoire politique, sociale, culturelle et religieuse des villes de la France méridionale et du monde méditerranéen au Moyen Age et au début des temps modernes s'ordonnerait autour d'une trilogie thématique : idéologies, pratiques et représentations du pouvoir.

Atelier 1 : Idéologies

     Il s'agit ici de s'intéresser aux idéologies du pouvoir au sens large du terme. Constructions des identités politiques et culturelles : pouvoir politique, idéologies du pouvoir et de la nation, pouvoir ecclésiastique, pastorale (Michelle Fournié), missions, prosélytisme (Séminaire d'études médiévales ibériques).
Daniel Baloup a déjà bien avancé dans l'organisation en collaboration avec l'Université de Prague d'un colloque sur Les croisades tardives, XIV°-XV° siècles.

Idéologies du pouvoir économique ou culturel et les conflits qu'elles engendrent. En particulier, la violence religieuse et politique, lorsqu'elle donne lieu à l'élaboration d'identités culturelles. L'objectif à court terme est l'organisation d'un colloque qui aborderait plusieurs thèmes : la violence d'Etat (croisades, guerres), les rituels de la violence (réflexion sur le corps), les expressions de la violence dans l'art et la littérature etc...Les historiens modernistes, S. Mouysset, S. Duhem, S. Brunet, V. Sottocasa sont concernés. Les travaux de Pilar Jimenez sur les hérésies médiévales dans le Midi de la France s'intègrent dans cet atelier, où se retrouvent également Daniel Baloup pour l'Espagne, Bernard Doumerc pour l'Italie, Benoît Joudiou pour les Balkans, Michelle Fournié et Sophie Cassagnes-Brouquet pour la France.
Un autre projet sur les « solidarités imaginaires » est proposé par Claude Denjean.
Par ailleurs, nous envisageons pour 2008 l'organisation d'un colloque sur les Crises identitaires dans l'Europe de la fin du Moyen Age.

Atelier 2 : Pratiques

      Les pratiques, les manifestations et l'exercice du pouvoir seront aussi déclinées de multiples façons, notamment à travers les rapports du clergé avec les puissants, princes ou villes, le magistère ecclésiastique et la pastorale, sous la responsabilité de Michelle Fournié. Cet axe pourrait « coiffer » les colloques de Fanjeaux (thème de 2006: « l'Eglise et la justice »), une partie du séminaire du Gemah et des journées d'étude qui lui sont liées, ainsi que les journées d'étude sur les cités épiscopales (Narbonne, Rodez) et les travaux des doctorants : A Dubreil-Arcin, F. Ryckebusch, H. Labarthe. Des recherches nouvelles sur la pratique des indulgences (en liaison avec les thèmes actuels, cf. le colloque du Puy sur les « Jubilés ») y trouveront leur place. Deux thèses d'histoire de l'art viennent d'être entreprises sur les cathédrales et quartiers épiscopaux d'Albi et de Rodez (C. Vanacker et C. Agudo). C'est dans cet axe que trouvent place également les recherches historiques coordonnées par Nelly Pousthomis sur les « Enfeus des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem ».
Cet axe travaille en liaison avec le GDR Salve, la Casa Velazquez et l'Ecole Française de Rome. Deux des doctorants bénéficient régulièrement de bourses de l'Ecole Française de Rome (F. Ryckebusch, H. Labarthe), l'une des doctorantes (A Dubreil-Arcin), vient d'obtenir un détachement de 2 ans au CNRS.

        L'entourage du prince, le rôle des élites urbaines et les pratiques du mécénat sont aussi à envisager dans cet atelier, avec le projet d'une journée d'étude pour 2007, organisée par Daniel Baloup et Sophie Cassagnes-Brouquet sur l'Amitié, sentiments, réseaux, et servitudes, en France et dans l'Europe méridionale à la fin du Moyen Age.

Atelier 3 : Représentations

    Les représentations mentales, littéraires et artistiques du pouvoir sont aussi abordées dans le cadre de plusieurs projets dont celui piloté par Christine Aribaud. Intitulé : « Decorum », il s'attache aux mises en scène qui animent la vie civile et religieuse. Les rituels urbains des « entrées » et des processions seront appréhendés par le biais de l'étude plastique et technique des matériaux. La constitution de bases de données concernant les textiles et les manuscrits liturgiques est envisagée, avec la perspective d'édition de textes sur une revue en ligne, sous la responsabilité de Jacques Dubois. Sophie Duhem est partie prenante de ce projet ainsi que Julien Lugand et François Bordes.

    Sophie Duhem a de plus, l'intention d'organiser des journées d'étude sur les « Sources d'inspiration de l'art paroissial et réception des modèles artistiques en milieu rural ». Il faudrait d'abord faire un bilan bibliographique et un état de la recherche (financement de la production, commandes, circulation et réception des œuvres), à partir de plusieurs types de support (sculpture, peinture, décor religieux) et poser les questions de la « rusticité » de l'art paroissial et de « l'altération » des modèles.

     L'organisation de l'espace entre les pouvoirs, civils et religieux, et la représentation monumentale de ces pouvoirs est l'un des volets de cette thématique rejoint les travaux de Nelly Pousthomis sur la topographie chrétienne des villes et des campagnes dans le Midi de la France. Elle se propose, en effet, de lancer des travaux sur la topographie et l'architecture des Ordres Mendiants, projet qui coïncide avec les travaux de l'équipe de N. Bériou (GDR Salve) et avec l'organisation du colloque de Fanjeaux 2007 (Michelle Fournié). C'est autant l'organisation et l'architecture des couvents des nouveaux ordres religieux (militaires et mendiants) que leur insertion dans la ville qui intéresse ici.

    Ces perspectives vont de pair avec une approche historique de la culture urbaine des villes du midi de la France à la fin du Moyen Age et aux temps modernes : le récent colloque sur « L'humanisme à Toulouse » y invite, les travaux de F. Bordes qui achève une thèse sur «Formes et enjeux de la mémoire politique urbaine : les Annales de Toulouse (1295-1532) » pourraient constituer un point d'ancrage, sans oublier la récente thèse de G. Cazal sur Guillaume de la Perrière, les travaux des juristes sur Guillaume Benoît ou encore la thèse en cours de P. Foissac sur les collèges universitaires de Toulouse et de Cahors.

    L'intérêt de plusieurs des membres de l'équipe pour les manuscrits des fonds méridionaux (M. Fournié, S. Cassagnes-Brouquet, M. Pradalier, J. Dubois, V. Czerniak, M. Desachy), pour l'écriture hagiographique (A. Dubreil-Arcin), historiographique (F. Bordes, M. Fournié), personnelle (S. Mouysset, les écrits du « for privé ») et pour l'activité de l'imprimerie (S. Duhem) pourrait susciter un nouveau groupe de travail qui s'articulerait autour des notions de production et de consommation des biens culturels ainsi que de politiques culturelles à la fin du Moyen Age dans le sud de l'Europe (Michelle Fournié, Sophie Cassagnes-Brouquet, Daniel Baloup, Jacques Dubois, Virginie Czerniak). Un projet concernant la production, la diffusion, la décoration des livres et les rapports avec leurs lecteurs est envisagé.
    Outre une relance des études sur les manuscrits, associant l'étude codicologique à l'analyse du décor, un programme sur la peinture murale va se mettre en place dans les années à venir, grâce au récent recrutement de Virginie Czerniak et aux travaux sur les peintures des enfeus de Saint-Jean à Toulouse. Les aspects techniques doivent être appréhendés grâce au développement de techniques d'analyse et d'enregistrement des couches picturales, et à l'application de méthodes de relevé développées par Michel Barbaza (Pr. d'art et d'archéologie préhistoriques-UTAH), et Carole Fritz (Cr. cnrs-Utah). Les contacts sont déjà noués pour une collaboration avec des ateliers de restauration et des laboratoires de recherche (cf. le projet inter-régional sur « Validité et limites de méthodes non destructives pour l'examen et l'analyse des peintures murales » auquel participe V. Czerniak). L'inventaire et l'étude des peintures murales, religieuses et civiles, du Sud-ouest doivent être poursuivis (cf. thèse sur l'Agenais et la Gascogne gersoise de K. Fagalde), avec une attention renouvelée au répertoire ornemental et à la polychromie architecturale et celle de la sculpture. Des préoccupations similaires animent les recherches en cours d'Henri Pradalier qui procède à une relecture des chronologies des grands édifices, notamment des grands monuments sculptés du Sud-ouest, participant à une approche renouvelée du fonctionnement des chantiers et des ateliers dans la sculpture romane méridionale.