Later Crusades

Conflits interconfessionnels et sentiments identitaires à la fin du Moyen Âge en Europe

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Le programme de recherche


Ce programme de recherche a été élaboré en partenariat avec le CREPHE (EA 2352, université de Paris XII) et le Centre d'études médiévales de Prague (laboratoire mixte de l'Académie des Sciences et de l'université Charles). Il a été sélectionné par l'Agence Nationale de la Recherche dans le cadre de l'appel à projet 2006 « Conflits, guerre(s), violence » sous la référence ANR-06-CONF-020.

 

 

Le projet porte sur les croisades du XIVe, du XVe et de la première moitié du XVIe siècle, et plus largement, mais en se gardant de toute confusion, sur l'ensemble des conflits qui se déroulent durant la période dont au moins un des participants justifie son action en termes de défense ou de propagation de la foi. Il s'agit parfois d'affrontements intercommunautaires, opposant chrétiens et musulmans, et parfois de conflits intracommunautaires, lorsque des chrétiens usent de la force contre des coreligionnaires jugés hérétiques (les Hussites) ou déviants. A l'échelle de l'Europe, cadre de notre réflexion, l'issue de ces confrontations varie considérablement. Alors que les chrétiens triomphent en péninsule Ibérique, à la fin du XVe siècle, à l'autre extrémité de la Méditerranée, les Ottomans se rendent maîtres de Byzance et menacent les frontières orientales de la Chrétienté. Néanmoins, au-delà des divergences, il nous apparaît que l'un des enjeux communs de ces conflits est de nature identitaire. Au travers de leur étude, notre intention est de considérer la place et la fonction de la composante confessionnelle dans les identités nationales émergentes et dans les idéologies du pouvoir et de la souveraineté qui sont élaborées à cette époque. Comment la confrontation avec l'Islam et avec l'hérésie, mais aussi la diplomatie et la nécessité de concevoir les moyens d'une coexistence pérenne ont-elles cristallisé à la fin du Moyen Âge la conscience que l'Europe chrétienne avait d'elle-même ? Comment, dans le cadre de ce processus, la conscience d'appartenir à une entité supranationale s'est-elle articulée avec la consolidation des particularismes nationaux ? Quelle part l'identité confessionnelle a-t-elle prise dans l'idéologie des États ? Ces questions sont certes déjà abordées dans une bibliographie en plein renouvellement depuis une dizaine d'années. Mais elles n'ont jamais encore suscité un projet comparable à celui que nous proposons. Sa singularité tient d'abord à sa dimension internationale. Nous souhaitons provoquer la création d'un réseau qui mette en contact, par l'intermédiaire de nos laboratoires, les chercheurs d'Europe centrale et d'Europe méridionale qui partagent les mêmes problématiques sans avoir guère l'occasion de confronter directement leurs points de vue. Nous insisterons aussi sur la nécessité d'une véritable interdisciplinarité. Aux côtés d'historiens spécialistes de différents domaines (histoire militaire, diplomatique, histoire des représentations...), le projet fera intervenir des juristes et des spécialistes des littératures médiévales et modernes. Surtout, nous espérons promouvoir un renouvellement des méthodes de travail. 1) Il nous paraît essentiel de renoncer à une lecture linéaire et continue de l'histoire des croisades, actuellement dominante, qui conduit inévitablement à traiter les manifestations tardives du phénomène en termes de déclin et/ou de dénaturation. Sans négliger de faire le lien avec ses antécédents, l'objet de notre recherche doit être analysé dans son contexte et en dehors de tout projet de hiérarchisation. Dans cet esprit, nous souhaitons conduire notre analyse des croisades tardives en insistant sur leurs relations avec les différentes formes de confrontation entre les communautés religieuses qui se manifestent durant la période considérée (prosélytisme, conversions, persécution des minorités...) : l'analyse synchronique des oppositions interconfessionnelles qui mettent en cause les musulmans, mais aussi les juifs et les chrétiens tenus pour déviants ou hérétiques, nous paraît indispensable pour apprécier la signification du phénomène. 2) Nous jugeons également très nécessaire de puiser de nouveaux outils de réflexion dans les travaux d'anthropologie développés à partir du début des années 1990 autour des pratiques guerrières : l'analyse des conflits provoqués par la dislocation de l'ancienne Yougoslavie a ouvert des pistes que les médiévistes n'ont pas encore explorées en dépit des possibilités évidentes de transposition. Le plan de travail, découpé en trois axes, sera exploré au travers d'une série de tables rondes dont les travaux seront intégralement publiés. La collecte de nouvelles ressources documentaires compte également au nombre des objectifs du projet. Notre intention est, avant tout, d'analyser en profondeur un domaine de recherche important mais relativement négligé tant il paraît périphérique, d'un point de vue chronologique, aussi bien aux médiévistes qu'aux modernistes. Au-delà, notre souhait est de dégager des éléments utiles à l'ensemble des chercheurs en sciences sociales et humaines qui s'intéressent aux contacts et aux conflits interconfessionnels en Europe : à l'évidence les dispositifs de reconnaissance, de représentation et d'identification qui émergent dans le cadre des confrontations de la fin du Moyen Âge ont joué un rôle à travers les siècles et affleurent encore aujourd'hui dans de nombreuses situations.

 

Le comité scientifique chargé de la conduite du projet est composé de Daniel Baloup (Casa de Velázquez, Madrid), Bernard Doumerc (Université de Toulouse II), Benoît Joudiou (Université de Toulouse II), Martin Nejedly (Université Charles, Prague) et Jacques Paviot (Université de Paris XII). Plusieurs jeunes chercheurs sont étroitement associés à l'activité du comité, en particulier Pavel Soukup (Université Charles), Jaroslav Svatek (Université Charles), et Benjamin Weber (Université de Toulouse II).