Atelier 2 « Circulations – Marchés » 

Responsable

Sophie Duhem
   

Présentation de l'atelier 2

La démarche historiographique de l’Histoire ou de l’Histoire de l’art, focalisée sur les processus de création ou de production, conduit inévitablement à faire l’examen des « circulations », c’est-à-dire à renseigner et à circonscrire les déplacements des hommes, des objets, des données immatérielles (paroles, savoirs, savoir-faire, goûts et courants de pensée, etc.) ces dernières ayant laissé des traces mesurables des échanges qui se sont construits au fil du temps. Voyager, se déplacer, partir seul ou accompagné — on songe aux phénomènes migratoires contraints, aux nécessités d’une insertion économique et socio-professionnelle nouvelle — invitent à regarder les moyens matériels mis en œuvre pour permettre les allées et venues des individus, mais aussi à identifier les « relais » établis dans les zones urbaines et/ou rurales pour assurer la viabilité de ces circuits.

Des enquêtes portées sur les « acteurs » ou les « stratégies » laissent mesurer localement les impacts sur la cartographie des routes commerciales. Les méthodes d’analyse des « réseaux », développées ces dernières années, notamment par les Sciences sociales, autorisent à renouveler les recherches historiques et à penser « autrement » les logiques internes aux « circulations », aux « flux » ou aux « relations », encourageant en ce sens l’approche interdisciplinaire. La diversité des objets manufacturés ayant cheminé par les voies maritimes, terrestres ou aériennes (dont nous pouvons aussi constater l’ampleur dans la société contemporaine) appelle plusieurs questionnements. Elle interroge les processus à l’origine de leur production et de leur commercialisation, l’évolution de l’offre au fil du temps, les formes de conditionnement et de transport.

Cette diversité renseigne aussi la gestation et l’émergence des marchés économiques fondés sur les productions artistiques. Elle laisse saisir leur influence sur les circulations, mesurer le poids des normes et des régulations sur les trafics, le rôle de « produits « étalons ou standards » dans la diffusion et la commercialisation. Enfin, les productions artistiques, localisées en territoires, dès lors qu’elles sont confrontées à l’échelle nationale ou internationale, permettent aussi de suivre en « pointillé » (car elles sont difficiles à saisir) les circulations immatérielles sous la forme des « transferts culturels », des partages de savoirs ou des phénomènes d’acculturation. Comprendre les stratégies de diffusion et de promotion est essentiel à la perception des formes de consommation développées localement par les sociétés anciennes. 

Mots-clés : espaces de production, structures de production, réseaux, industrie, produits, savoir-faire


Programme BAnDITI

Présentation complète sur la page Hypothèses : https://banditi.hypotheses.org/
Responsable : Sophie Duhem

Le projet BAnDITI étudie la place des artisans italiens itinérants en France méridionale, aux XVIIIe et XIXe siècles. Il a pour objectif d’analyser le milieu des migrants, de documenter leur arrivée en France, leur intégration professionnelle dans les paroisses rurales ainsi que les réseaux qu’ils ont constitués. Le champ d’analyse est ouvert à l’interdisciplinarité : il se situe au croisement des sciences humaines et des sciences sociales. Cette opération scientifique vise également l’identification des artistes, le recensement des textes qui les documentent, l’inventaire, l’étude et la valorisation des peintures murales qu’ils ont conçues. Le thème des « circulations » et des « marchés » est donc au cœur des démarches d’investigation visant à renseigner cette émigration italienne de métier. 

Et aussi

Un autre pôle des recherches qui sont menées actuellement par quelques membres de l‘équipe (Framespa), les institutions patrimoniales (Musées Labit à Toulouse, Musée de Narbonne, Musée d’Histoire de la Rochelle, Musée Guimet, etc.) et les laboratoires du Drassm-Marseille, et de Traces (UT2J), est orienté sur les échanges avec la Chine. Des relations nouées entre le monde Occidental et l’Asie, marquées par un développement constant depuis le Moyen Âge, sont nées des « circulations » qui sont à l’origine de déplacements, d’un continent à l’autre, des acteurs du monde artistique ou de l’artisanat (potiers, céramistes, dessinateurs, peintres, sculpteurs, etc.), de transferts de savoir-faire et de techniques, de phénomènes d’acculturation et d’échanges de produits manufacturés (porcelaines, laques, meubles, etc.). Le marché de l’art asiatique occupe aujourd’hui une place exceptionnelle (antiquités, calligraphie, céramiques) qu’il doit en partie à l’intensification des liens commerciaux et culturels entre les empereurs chinois et les cours européennes. Un cycle de journées d’études a été initié en 2017 sur la Culture matérielle au crible de l'archéologie et de l'histoire de l'art. Le premier volet, dédié aux mobilités artistiques et aux qualités du faux : l’exemple de la porcelaine de Chine (28 avril) se poursuivra par deux journées d’études - de l'objet à l'image : les "Arts de table" à l'époque moderne. Méthodes comparées (7 et 8 février 2018) – et en 2019 par un éclairage sur la Production de bleus et blancs (porcelaines chinoises et productions régionales de faïences, etc.).

Enfin, un projet pluridisciplinaire associant des historiens, des historiens de l’art, des archéologues, des physiciens et des géologues, qui travaillent sur la civilisation matérielle et la culture, en France et au Canada, s’est fixé comme objectif de réévaluer la production, la circulation et la consommation de la céramique régionale grâce au soutien de l’IDEX toulousaine (projet CERSO), du LABEX SMS (projet CERAMISO) et du Ministère de la Culture (PCR). Objet fort mal connu, en particulier pour la production commune des terres vernissées et de la faïence, il est pourtant à l’origine de débouchés nationaux et internationaux significatifs, du XVIIe au XIXe siècle. Outre une meilleure connaissance du sujet, la recherche a d’abord pour objectif d’apporter un éclairage complémentaire et, dans certains cas, unique, sur la culture matérielle des sociétés anciennes qui va des manifestations proprement artistiques jusqu’aux comportements, économiques, sociaux et au cadre de vie dans une démarche d’histoire connectée multiscalaire.