Midi-Pyrénées Patrimoine, n°23 : "La Graufesenque : soif des dieux, peine des hommes"

Publié le 11 octobre 2010 Mis à jour le 6 décembre 2011
du 11 octobre 2010 au 15 novembre 2010
Soif des dieux, peine des hommes
Il faut rendre hommage au potier inconnu. Parmi 650 confrères, un certain Acutus a laissé sa marque, son « sceau » (sigillum) au fond de nombreux vases
de « sigillée ».

Une marque qui a fait le tour du monde, comme tant d'autres poteries fabriquées à Millau-La Graufesenque (Condatomagos) entre 40 et 80 de notre ère. Acutus ne nous est pas autrement connu.

C'était un homme libre, artisan indépendant, propriétaire d'un atelier ou officina. Acutus faisait fabriquer par ses employés, hommes libres ou esclaves, des vases lisses ou décorés au moule, décors qu'il exécutait lui-même ou dont il confiait la fabrication à un potier spécialisé. Ne possédant pas de four, il remettait régulièrement ses  roductions en argile crue à un maître fournier qui en assurait la cuisson. Un système simple et savant de bordereaux d'enfournement, les « comptes de potiers » gravés au fond de pots, rendait à chacun son dû, sous le contrôle d'un magistrat-prêtre portant le titre gaulois de casidanos, en latin flamen.

Acutus est un nom latin, mais l'artisan est peut-être, comme d'autres, un Gaulois à peine romanisé. Comme bien d'autres encore, il vénère les dieux, ceux de ses ancêtres comme ceux de Rome, et l'image de l'empereur, dont il a peut-être reproduit l'effigie en sigillée. Il croit à la puissance régénératrice et divinatrice des eaux.

Acutus mérite qu'on fasse mémoire de lui et de ses semblables, témoins et acteurs d'un des plus riches moments de l'histoire régionale, quand La Graufesenque n'avait pas besoin de viaduc pour être au centre du monde.