Soutenance de thèse de Valère Sogbossi : Ouidah coloniale. Le déclin d’une dans le Dahomey sous domination française (de la fin du XIXe siècle aux années 1960).

Publié le 23 juin 2022 Mis à jour le 23 juin 2022
le 27 juin 2022
à partir de 14h

Maison de la Recherche, salle D31

Soutenance
Soutenance
Valère Sogbossi soutient sa thèse d'histoire : "Ouidah coloniale. Le déclin d’une dans le Dahomey sous domination française (de la fin du XIXe siècle aux années 1960)", sous la direction de Sophie DULUCQ, le lundi 27 juin à 14h dans la salle D31 de la Maison de la Recherche. La soutenance sera suivie d'un pot. 

Résumé : 
Fondé à la fin du XVIe siècle, le royaume de Saxé s’étend jusqu’à la partie centrale de la Côte sous le vent où le roi Kpassè crée une ferme, Gléxwé/Ouidah. Celle-ci se développe dans un environnement géostratégique particulier, marqué par la disparition successive de plusieurs marchés locaux sur la côte de Guinée. En effet, au XVIIe siècle, les compagnies européennes qui cherchent de se libérer du monopole que les Hollandais exercent sur les marchés de la Côte de l’Or, notamment Keta, Cape-Coast et El-Mina, explorent la région plus à l’est. C’est dans ce contexte qu’ils s’établissent à Saxé puis à Ouidah. Facile d’accès par les voies fluviales, le bourg prend progressivement la relève des comptoirs voisins et participe à la traite transatlantique. Le volume de ses exportations s’accroît et Ouidah devient un enjeu politique et économique. La prospérité des échanges entre le roi de Saxé dont il dépend, les élites locales et les Européens suscite la convoitise du royaume de Danxomè, État enclavé, situé à une centaine de kilomètres plus au nord. Pour accéder à la côte, le roi Agadja se lance dans une série de conquêtes. Ainsi, après avoir conquis Allada en 1724, il s’empare de Saxé en 1727. À cette date, Ouidah échappe à la mise à sac danxoméenne et résiste aux assauts répétés d’Abomey jusqu’en 1741, date à laquelle elle tombe dans l’escarcelle fon. Dès lors, Ouidah devient même temps la porte océane et le comptoir du Danxomè. Par le nombre d’esclaves qui y transite, elle est le plus important lieu de stockage et d’échange du « bois d’ébène » sur la Côte des Esclaves jusqu’au milieu du XIXe siècle. Avec le désengagement des traitants européens et bahianais de ce trafic, s’amorce un mouvement de retour des esclaves du Brésil vers les agglomérations côtières de l’Afrique de l’Ouest. Ouidah accueille de nombreux Afro-Brésiliens qui se regroupent autour de Francisco Félix de Souza. Ils participent à la reconversion de l’économie locale en remplaçant dans les échanges, les esclaves par des produits agricoles, notamment l’huile de palme. Le négoce de ces produits intéresse les traitants européens qui encouragent les gouvernements de leur pays respectif à prendre possession du Danxomè et par ricochet de son port, Ouidah. Elle est devenue dans les Chancelleries européennes un enjeu politique et économique. Dans, la course au clocher, elle est annexée en novembre 1892 par les troupes françaises. Sous l’administration coloniale, la ville perd son dynamisme. Les colonisateurs installent le chef-lieu du territoire à Porto-Novo. Ce choix et les priorités de la colonisation amènent les maisons de commerce européennes à transférer leurs sièges à Porto-Novo puis à Cotonou. Cet état de choses et les différentes crises économiques de l’entre-deux-guerres plongent Ouidah dans un déclin devenu irréversible au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Le travail que nous avons engagé pour comprendre la trajectoire déclinante de Ouidah de la fin du XIXe aux années 1960 nous a permis de soulever un coin du voile épais qui couvre l’évolution l’histoire des villes coloniales marginalisées.

Jury : 
- Mme Sophie DULUCQ, Université Toulouse II Jean-Jaurès, Directrice de thèse
- Mme Armelle CHOPLIN, Université de Genève, Examinatrice
- M. Laurent FOURCHARD, Sciences Po Paris, Rapporteur
- Mme Odile GOERG, Université Paris Cité, Examinatrice
- M. Claude Étienne SISSAO, Université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou, Rapporteur.